N’en déplaise à certains, le vin conventionnel, ce n’est pas mal!

Il y a dans le monde du vin, du jus pour tout le monde et du monde pour tous les jus. Malheureusement, il y a aussi une tendance à un sectarisme notoire dans les critères de sélection.

Une tendance qui ne date pas d’hier mais qui, à mes yeux, semble prendre de l’ampleur. Un danger je pense, qui risque de faire passer les vins dits « conventionnels » pour des pestiférés du jus de raisin fermenté.

Il y a quelques années déjà, je me souviens d’un sommelier en visite au feu restaurant l’Utopie, à qui je présentais un vin d’un grand négociant bourguignon. La réaction a été virulente et sans appel: « Non, non, non! », m’a -t-il répondu d’un air condescendant, avant même d’avoir eu l’occasion de rentrer en contact avec le vin. Un exemple qui illustre bien mon sentiment envers les idées toutes faites.

Je vous entends déjà: « En voilà encore un qui essaie de relancer le débat ». De plus en plus de gens veulent boire bio,  « sans souffre ajouté », ce qui est compréhensible. Mais que devons-nous faire alors des vins « conventionnels »? Les rayer de la carte et tirer à boulets rouges sur ses producteurs?

Je ne vous reparlerai pas ici des distinctions entre les différents courants de pensée, l’exercice a déjà été fait, à plusieurs reprises et par bien du monde. J’apporterai toutefois une courte précision: tous les vins « conventionnels » n’en sont pas des trafiqués, matraqués de produits chimiques et/ou de synthèse, du moins pas si je me fie à ce que je déguste de façon régulière. Et non, je ne me lancerai pas dans un déballage de noms. Les bons se connaissent, les mauvais aussi.

Je ne vous mentirai pas. J’ai souvent énormément de plaisir à boire des vins élaborés au plus proche des bonnes pratiques viti-vinicoles, notion qui fait également largement débat. Des vins digestes, vivants et émouvants dont le contenu se vide d’une façon assez rapide. Je continue de penser que ces vins existent aussi au coeur de la catégorie dite « conventionnelle ».

Comme me l’a dit dernièrement un collègue, le désir de boire le plus « clean » possible est noble, mais quand le vin est bon, ne goûte pas comme s’il avait été travaillé ou construit et qu’il donne du plaisir, devrait-on s’en offusquer? 

Chaque semaine, je suis en contact avec des personnes qui se forment dans le monde du vin. Des personnes qui arrivent parfois avec de grands avis face aux différents types de production. Mon rôle n’est pas de les orienter vers une catégorie de vin en particulier mais bien de leur ouvrir l’esprit sur ce qui se fait de bien et de moins bien dans tous les secteurs. Au final, même si j’espère que tous s’orienteront vers des vins issus d’une agriculture respectueuse de l’environnement et élaborés selon les meilleures pratiques possibles, j’espère aussi qu’ils garderont l’esprit ouvert et qu’ils ne tomberont pas dans un sectarisme viti-vinicole au risque de manquer de conversation lorsque viendra le temps de déguster entre amis une bouteille de vin « conventionnelle ».

Santé! peu importe votre vin.