…donc tu n’es pas sommelier

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Dans le monde du vin, les qualificatifs sont nombreux et les termes pour décrire un métier qui tourne autour de la bouteille ne manquent pas. « Sommelquoi? Ha! t’es oenologue et tu as le plus beau métier du monde. En fait tu passes ta journée à boire du vin, moi aussi je veux faire ça ».

Vu de même, je comprends mieux pourquoi la profession compte de plus en plus de sommeliers. Toutefois, il serait utile de préciser certains points.

Tout le monde s’entend sur le fait qu’il est super important de ramener sur terre un domaine qui se prend parfois un peu trop au sérieux. Toutefois, certains ont tendance à prendre la balle au bond un peu trop tôt, brandissant l’argument de la vulgarisation.

Tu as le droit d’être passionné. Je t’invite même à garnir ta cave de super flacons, à afficher sur les réseaux la bouteille que tu ouvres le vendredi soir pour célébrer la fin d’une dure semaine de travail et devant laquelle tu prendras la décision de tout lâcher pour devenir « sommelier ». Cependant, je t’en prie, prends le temps de  réfléchir à l’essence même du mot. C’est fait. Tu penses que ça a bien de l’allure.

Tu décides de t’inscrire dans un des nombreux cours sur le vin qui sont offerts à droite et à gauche. Très vite, tu apprends à tenir ton verre avec élégance, à faire du bruit avec ta bouche et à parler du vin tout en remuant ton verre devant un auditoire subjugué par autant de dextérité. Si vraiment tu pousses davantage, tu ajouteras à tes compétences la respiration continue, qui soit dit en passant, ne te servira qu’à caler une bouteille d’une seule traite sans en mettre de partout. Sauf que, si comme moi, tu as pris un cours sur le café pour appendre à bien utiliser ta machine espresso à la maison, tu ne peux te déclarer Barista. Tout au plus, achète-toi une belle petite pancarte de maison que l’on trouve en boutique et affiche-la  fièrement dans ta cuisine.

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Poursuivant ta démarche, tu décides de t’inscrire dans un cours de sommellerie… on se rapproche dangereusement du but. L’intitulé devrait te mettre la puce à l’oreille; on parle ici de la discipline qui pourra te mener à bien des métiers différents, tous très complémentaires. Porte une attention particulière au contenu du programme. Tu y verras un module qui s’intitule « conseils et service des vins ». Si ce module ne t’inspire pas le moins du monde, tu as un début de réponse à ta réflexion. Car, ne l’oublie pas, la pratique fait partie intégrante du métier de sommelier qui s’étend aussi à bien d’autres choses (thé, café, eau, cigares, gastrononomie…).  Ceci étant dit, tu n’es pas obligé de t’inscrire dans un cours de sommellerie pour exercer le métier, il va sans dire que les autodidactes ne sont pas des pestiférés, loin de là. Ils restent cependant une minorité. T’es toujours là?

Je t’invite alors à plonger dans ce texte de Guenaël Revel qui retrace l’histoire du métier de sommelier. Histoire de la sommellerie

Je te vois venir avec des gros souliers. « Heille Chose! (oui je mérite quand même une majuscule malgré le sobriquet) Toi tu t’affiches comme sommelier alors que t’es juste un enseignant en sommellerie et que tu tiens deux trois chroniques sur le vin, alors ferme-la donc! » Je te répondrai ceci. Dans la mesure où j’ai oeuvré pendant dix ans en restauration et plus précisément en tant que commis sommelier, sommelier, chef sommelier (choisi celui qui te plaira), je pense avoir l’expertise nécessaire pour utiliser ce terme lorsque l’on me demande quel est mon métier. Voilà.

Maintenant, comme tu trouves que le terme est de plus en plus utilisé, tu cherches Le moyen de te démarquer. La carte d’affaires est alors ton alliée. Il y est inscrit« sommelier professionnel ». Attends-moi deux secondes, les yeux me piquent. Tu viens de te tirer dans le pied. Je t’explique. Disons que j’ai un tuyau qui fuit chez nous. Mon premier réflexe ne sera pas de taper « sur les internets »  plombier professionnel . Je vais me contenter de boucher le tuyau avec le plus gros de mes doigts en hurlant à ma blonde:  « Appelle un plombier! ». Penses-tu vraiment que ça va faire une différence si j’ajoute « professionnel »?

Ok, d’abord. Alors tu essaies autre chose. Ça adonne que tu adores la bière. Tu me vois venir? Sommelier bière. Quessé ça?! Tu ne me crois pas? Check ça: http://www.bieresetplaisirs.com/2014/06/26/programme-sommelier-biere-cite-collegiale/

Sans nécessairement être un expert en la matière, le sommelier se doit d’avoir des connaissances élargies. Cela inclut tout ce qui est de nature liquide et bien plus encore mais nous n’irons pas là aujourd’hui. Si je suis ta logique, le Barista pourrait être un Barista en bière ou en vin pour autant qu’il remplace le café par l’un des deux liquides. Ouin, ça marche pas, tu vois bien.

Comprenons-nous bien, je n’essaie pas ici de faire une chasse gardée des connaissances en matière de vin et d’autres liquides. Il existe de nombreuses personnes hyper professionnelles et érudites en matière de vin. Au Québec, je pense à Guénaël Revel (auteur, conférencier, historien), Nadia Fournier (écrivain et auteur),  David Pelletier (je te laisse aller explorer la supercherie nuancée de son logo). À l’international,  allons-y avec Le gros nom: Jancis Robinson (Master of Wine). Vois-tu quelque part le mot sommelier? Ce que je veux dire, c’est que nous pouvons tous oeuvrer autour du vin, mais qu’il convient selon moi d’utiliser le bon terme pour décrire la profession exercée, sans que personne ne se sente plus ou moins important qu’un autre.

Donc, si je récapitule, tu capotes sur le vin, tu as pris, ou non, des cours sur le sujet et aujourd’hui tu essaies de bien des (mauvaises) manières d’accrocher une grappe à ton veston. Il te manque pourtant la base. Tu t’es inscrit trop vite au camp de sélection du métier et la sentence vient de tomber….tu n’es pas sommelier.

porto