«On est allé prendre un coup de piquette!»

photoAujourd’hui, en conversation avec mon père en direct de la France, il m’a lâché cette phrase rendue célèbre dans notre famille et que j’attends chaque année avec un sourire au coin des lèvres.

Pourtant, au-delà de l’expression, il y a un je-ne-sais-quoi dans le phénomène du vin nouveau qui invite chaque année à faire sauter le bouchon d’une bouteille de «Beaujolpif». Il faut l’avouer, cet événement qui annonce la fin des vendanges a le mérite de réunir tout le monde lors d’une fête de village.

Chacun y va de son pronostic. Bon ou mauvais, on en boit un coup, ne serait-ce que pour se réchauffer et se mettre un peu de baume au coeur au milieu d’un automne froid et grisâtre. Du côté de Lyon, dans mon petit village de 10 000 habitants, cela s’est concrétisé par un combo soupe de chou au lard et fromage fort sur tartine grillée accompagnés d’un Beaujolais.

Alors que bien du monde crie au scandale d’un vin mauvais, allant parfois même jusqu’à dire que ce n’est pas du vin, n’oublions pas qu’il s’agit d’une tradition. Elle nous rappelle bien des souvenirs et le soir venu, tout le monde va se coucher le coeur léger.

En cette journée de sortie du Beaujolais nouveau, je me suis donc rendu en SAQ avec la ferme intention de goûter autre chose que du Georges Duboeuf. Pourtant, une fois devant l’étalage, je me suis dit: « Pourquoi pas? ».  Après tout, je suis au prise depuis plusieurs années avec une simple impression, et quand je dis plusieurs années, je remonte à une période où la qualité m’importait peu.

Aussi, faut-il rendre à César ce qui appartient à César. À l’époque où le Beaujolais n’était nul autre qu’une tache peu convaincante sur la carte vinicole française, ce même Georges Duboeuf a réussi à faire de cette tache une région connue dans le monde entier.

Bref, j’en suis ressorti avec deux cuvées, l’une de Georges Duboeuf, l’autre de Jean-Paul Brun.

Oui mon senti de sommelier penche largement pour le Beaujolais nouveau de Jean-Paul Brun, mais je dois être honnête : au coeur d’une fête de village, serais-je aussi regardant? Non, je serais simplement heureux de partager un verre de vin avec mon père en l’écoutant donner son avis sur cette «piquette» rassembleuse. Car le jour où l’un ou l’autre disparaîtront, ils me manqueront tous les deux, ne me laissant que des souvenirs qui s’effacent quand les traditions disparaissent.

 France, Beaujolais nouveau 2013, Georges Duboeuf (SAQ 10704221, 17,50$)
 
France, Beaujolais nouveau 2013, « L’ancien », Domaine des Terres Dorées,          Jean-Paul Brun (SAQ11923994, 18,95$)