Quelques gouttes de Jura

Comme le village d’Astérix, le Jura assure dans le monde viti-vinicole une résistance contre l’envahisseur. Avec ses 2000 hectares de vignes et ses cépages uniques, cette région soulève les passions et la curiosité de bon nombre d’amateurs de vin.

Imaginez une mer haïtienne recouvrant une bonne partie de la France il y a plusieurs millions d’années. En se retirant, elle a laissé derrière elle une terre empreinte de son souvenir. Aujourd’hui, de magnifiques pentacrines (étoiles de mer fossilisées) témoignent de son passage un peu partout dans le vignoble. Mais sa réelle spécificité, le Jura la tient de son sol de marnes, plus ou moins ferrugineuses, qui donne à la vigne toute sa force et son identité. Le reste est histoire de savoir-faire de vignerons amoureux de leur terre.

Plus que partout ailleurs dans le monde, ils ont apprivoisé leur terroir avec beaucoup de respect. Il s’en est toutefois fallu de peu pour ne pas voir ce vignoble disparaître au moment de la crise phylloxérique. Son salut, le Jura le doit en partie au président du syndicat des vignerons de l’époque qui a encouragé ses collègues à le suivre dans une quête de vins de qualité. Ainsi, le 15 mai 1936, Arbois devient la première appellation d’origine contrôlée de l’hexagone.

Fiers de ce titre honorifique, les vignerons préfèrent toutefois faire valoir la diversité et la typicité des vins qu’ils produisent. Déguster un vin jaune de l’une des quatre appellations autorisées est une expérience qui ne laisse personne indifférent. Une expérience qui peut vous plonger au coeur d’un vin qui n’a pas encore livré tous ses secrets ou vous éloigner brutalement de celui-ci, marqué à jamais par l’intensité déstabilisante de ses arômes. Pour de ne pas tomber dans la deuxième catégorie, il s’avère alors sage de s’initier graduellement aux différents styles de vins produits.

Pour ne parler que des vins blancs, on dénombre cinq styles bien distincts. Pas facile de s’y retrouver me direz-vous…

Pour ne pas se faire peur et bien commencer, le style floral d’un chardonnay ou d’un savagnin ouillé (élevé sans oxydation) s’avère une bonne option. Il en ressort alors des vins aux profils accessibles, proches de certains vins bourguignons.

Une fois le petit orteil humide, il ne vous reste plus qu’à plonger. C’est alors le style typé qui s’offre à vous. Des vins qui présentent une véritable identité jurassienne. Élaborés à base de Savagnin, ils partagent les attributs du vin jaune tout en conservant une certaine fraîcheur de fruit. Ce sont des vins à la robe d’un jaune soutenu, à mi-chemin entre le tradition et le jaune, qui permettent une diversité d’accords mets et vins remarquable.Une fois cette mise en bouche effectuée, pourquoi ne pas s’essayer avec le style tradition? Assemblage de chardonnay et de savagnin, ces vins sont la parfaite transition entre les vins ouillés (élevés à l’abris de l’air) et les vins de voile au style plus oxydatif. Vous y trouverez de la profondeur et un début d’identité locale tout en gardant vos repères de dégustation.

Le goût de jaune après cela ne sera qu’une suite naturelle de votre périple gustatif. La légende devient alors réalité et le vin jaune vous envoûte de grâce et profondeur. Élevé pendant 6 ans en fût, le vin perd au fil du temps de son volume développant en surface un voile de levures qui le protégera tout au long de son vieillissement. Avec ses notes caractéristiques de curry, de noix, il n’en est pas moins savoureux et caressant au palais et se plaira en accompagnement de plats tout aussi réconfortants. Volaille à la crème agrémentée de champignons et arrosée de Savagnin, ris de veau aux morilles et pourquoi pas, un peu de cuisine indienne.

Bien entendu, le vin de paille ne laisse pas sa place. Les raisins sont ici séchés pendant un minimum de six semaines avant d’être pressés, fermentés et élevés en fût pour un minimum de trois années. Il se dégage de ce nectar de formidables arômes de fruits confits, de caramel et de miel, qui séduisent sur les desserts ou sur certaines préparations de foie gras.

Une question se pose toutefois dans toute cette diversité: comment savoir qui est quoi? Car il faut bien l’avouer, le Jura s’amuse un peu de l’art de la confusion. Trois solutions pour y répondre: s’amuser à jouer à pile ou face (ce qui peut s’avérer un exercice des plus dangereux), s’investir dans une courte recherche qui consiste parfois à simplement lire la contre-étiquette, ou encore ouvrir son téléphone intelligent pour s’assurer en un coup d’oeil que le vin choisi ne fera pas d’étincelle sur le plat que vous avez soigneusement préparé. Une fois le mystère percé, il sera alors difficile de vous défaire de ces vins aux profils variés et envoûtants.

Bonnes découvertes!